P’tit blog

Commentaire d’un duel

Attention, la suite de cet article divulgâche impitoyablement le tome 2.

 

Ça veut dire « spoiler. »

 

Je vais raconter l’histoire.

 

Maintenant.

 

Vous êtes sûrs ?

 

 

Ok. Aujourd’hui, on décortique !

La scène qui suit, mon éditeur me la réclamait depuis que je lui en avais décrit le détail pendant la Japan Expo 2015, avec moult moulinés de bras, mais sans jamais renverser mon café. Elle est aussi la première scène écrite du tome 2, alors qu’elle intervient à la fin de l’Acte 4.

Donc, Cyril et Vittor sont dans un bateau…

Cyril risqua sa tête hors de la cale, et une trombe d’eau lui souhaita immédiatement la bienvenue. Autour de lui, des bottes allaient et venaient au pas de course, l’ignorant royalement. L’air était saturé d’un sabir de poudre et d’acier chauffé, d’ordres et de cris de guerre – certains en slase, mais d’autres dans cet alfin raclé qu’on parlait au sud. Et le soldat comprit soudain pourquoi il n’y avait personne à sa porte.

Le Caril-Frid était abordé. C’était fou, impossible, et pourtant sous ses yeux.

Tout autour de lui, les Argyras portant les armes de Vittor se tenaient au bastingage, agitant épées, piques et arbalètes, repoussant les unes après les autres des silhouettes sveltes et sombres, et, au son des cris, souvent féminines. Le spectacle l’hypnotisait presque ; les Bhara attaquaient avec une ardeur et un savoir-faire indubitables. Certaines réussissaient à sauter au milieu du pont, obligeant les défenseurs à quitter leurs remparts de bois pour contenir les intrus. Il vit leur courage, l’indubitable maîtrise des haches avec lesquelles elles enfonçaient les plaques d’armure slasiennes, la solidarité entre elles alors qu’elles s’épaulaient dans le combat.

S’il avait été défendu par des marins normaux, des soldats de ligne ou même de jeunes Léonins, les Bhara auraient sans doute déjà la maîtrise du navire. Mais elles faisaient face aux boucliers-d’argent de Vittor Spadelpietra. Elles n’avaient aucune chance. Bien sûr, de temps en temps un coup portait. De temps en temps, un des soldats d’élite tombait, percé d’une flèche chanceuse. De temps en temps, un coup de hache assez violent faisait mettre à tel Argyras un genou à terre. Mais, déjà, les guerriers s’adaptaient. Déjà, ils mettaient à profit le manque d’armure des Bhara, les plaquant au sol pour les écraser avant que les haches n’entament leur cuirasse.

Cyril inspira à fond, laissa la fumée du champ de bataille polluer ses narines et la musique du canon rythmer son cœur.

Il se sentit chez lui.

Ce que je fais, personne ne sait le faire.

Une Bhara tombée à quelques mètres avait laissé sa hache glisser sur le plancher. Il la ramassa méticuleusement, ne fut pas surpris par son poids ni par son équilibre.

Évidemment, il ne pouvait pas rester longtemps inaperçu. Sous son casque à tête de lion, l’Argyras le plus proche le vit arriver. Sans doute le prit-il pour un autre de ces marins ennemis, et, répétant la manœuvre qui avait si bien fonctionné sur sa précédente victime, il se jeta plastron en avant sur Cyril, dague en main, mais seul un vide l’accueillit. Il eut juste le temps de sentir le dos inférieur de la hache crocheter sa cheville avant de tournoyer dans les airs, d’atterrir brutalement sur le côté, d’entendre tirer du fourreau sa propre lame et de sentir le froid du métal percer son aisselle, son poumon et son cœur.

Cyril, la main affermie sur l’épée, laissa tomber la hache. Un second bouclier-d’argent le vit du coin de l’œil, et, surpris, se retourna vers lui au moment où une Bhara qui avait escaladé le navire se saisissait de lui par le bras. Cyril n’eut qu’à le pousser légèrement pour qu’il bascule par-dessus le bastingage. Il ne regardait déjà plus les soldats. Ses yeux vairons avaient trouvé ce qu’ils cherchaient.

De l’autre côté du pont supérieur, éclaboussé de sang, l’armure réduite à son minimum pour faciliter ses allers-retours et lui permettre de jouer de son adresse, Vittor Spadelpietra le fixait, avec à ses lèvres un sourire de diable.

 

***

 

Les duels à l’épée sont chose expéditive ; une trop longue succession de passes sans qu’un des adversaires tombe dénote généralement leur équivalence dans la médiocrité, plus rarement dans le génie. Et, quelles que fussent les tares de Cyril et Vittor, « médiocre » n’en faisait pas partie.

Les deux géants valsaient, avaient fait du pont du Caril-Frid une piste de danse irréelle où le sifflement des lames tenait lieu de rondo. Autour, l’abordage continuait –  mais aucun des Argyras n’aurait songé à porter secours à leur seigneur. Car rien ni personne ne pourrait jamais prétendre poser le moindre pied dans le domaine qui était depuis si longtemps le sien. Il se faisait ours à la frappe, félin à l’esquive, serpent à la feinte, taureau à la charge. Et Cyril, pauvre humain se démenant sous les bourrasques de cette puissance de la nature, se sentait végétal, toujours sous la menace de rompre. Cette fois, il prenait la mesure de ce qu’il affrontait. L’homme qu’il avait devant lui catalysait toute une vie, ses si nombreuses années d’entraînement dans les montagnes de la Dorsale, les steppes d’Oslasie et les glaciers d’Ister, les techniques des Liarnais, des Alans et des Alfins, et déversait sur lui un dictionnaire entier de gammes martiales répétées à la perfection.

Le tout au service de cette terrifiante férocité qui faisait de Vittor une bête que Cyril n’avait aucune intention de laisser vivante derrière lui.

Il savait qu’il ne pouvait pas concurrencer le viduc, ni son génie, ni son éducation guerrière. C’est pourquoi, choc après choc, il se surprit de ne pas céder de terrain. S’étonna de ne pas mourir. Qu’est-ce qui avait changé, depuis sa débâcle de Cabèche ? Rien, pourtant. Il n’avait rien appris, n’avait pu s’entraîner, ses yeux même se réhabituaient péniblement à la lumière.

Il n’opposait aux passes complexes et savantes de Vittor que des mouvements simples, enfantins, brouillons parfois.

Et puis une phrase apparut, lumineuse, dans son crâne. Comme au travers d’un pochoir. Une voix la lui lisait, une voix qui n’avait pourtant jamais littéralement articulé ces mots.

« Non pas prévoir ce qui va être, mais voir clairement ce qui arrive. »

Cyril sentait en lui ces mots se propager comme une goutte d’huile sur de l’eau. Il n’était pas certain de les comprendre. Ni même de les ressentir. La phrase tournait sur un axe plus intime, comme un savoir qu’on adopte sans le vouloir.

En face de lui se tenait un homme façonné par l’orgueil, un homme qui avait perdu sa vie à apprendre à prévoir et contrôler. Le viduc avait un geste prêt pour chaque situation, des milliers de combinaisons d’actes et de pensées qui avaient déformé son corps et son âme à force de sueur et de sang. Un homme qui ne pensait qu’à imposer son futur au monde.

Calmement, Cyril décida quant à lui d’imposer son présent au viduc.

Et l’avantage du présent sur le futur, c’est qu’il a toujours quelques millisecondes d’avance.

Alors le viduc Vittor Spadelpietra recula.

Le mordant malsain qui nourrissait la violence de ses coups laissa soudain filtrer sur son visage l’incrédulité, alors que ses savantes postures devenaient soudain inconséquentes, ses feintes mal à propos, ses jambes plus maladroites. Pas après pas, Cyril remettait tout son univers en cause. Passe après passe, il voyait s’envoler tout ce qui avait fait Vittor Spadelpietra. Partie, la tranquille arrogance, évanouie, la cruauté maîtrisée qui semblait donner à son bras cette violence surnaturelle.

Et soudain, Vittor se retrouva acculé à la paroi du pont inférieur. Son adversaire venait de faire sauter son épée de ses mains avec tant de puissance qu’il en avait presque perdu l’équilibre. Cyril vit très clairement les deux prochaines secondes, inéluctables, alors qu’il armait une dernière fois son épée pour terminer, enfin, la vie du Grand Connétable.

Et durant ces deux secondes… les yeux de celui-ci semblèrent s’éclaircir. Et il se produisit un miracle qui resta pour toujours gravé dans la mémoire de Cyril.

En un éclair, Vittor évolua.

Il se cabra en avant. Cyril voulait toucher sa gorge, et, à la place, il buta sur un objet dur qui, d’une torsion presque immédiate, dévia l’élan de son acier sur le côté. Une giclée de sang fila dans l’air.

Le grand spadassin resta stupéfait. Vittor venait de parer un coup d’épée avec son front.

La suite fut une douleur fulgurante à l’estomac, où le viduc plaça deux coups de poing qui le laissèrent plié en deux. Il n’eut la vie sauve que parce qu’il avait, par réflexe, roulé en arrière. Déjà, Vittor récupérait son épée.

Cyril s’était attendu à voir resurgir le sourire carnassier qui n’avait pas quitté les lèvres de son adversaire depuis leur première rencontre à Cabèche. Mais curieusement, sous la profonde blessure de laquelle l’hémoglobine lui dégoulinait sur le visage, Vittor restait stoïque – seule sa respiration rapide indiquait qu’il venait de frôler la mort.

— Je ne pensais pas que ça marcherait, souffla-t-il avec un ton de surprise enfantine.

Cyril grimaça.

— Je dois dire qu’on ne me l’avait jamais faite, celle-là.

Vittor étouffa un rire. Cependant, quelque chose dans ce rire terrifia Cyril davantage que tous les coups de canon qui s’occupaient encore de ronger la coque du Caril-Frid. Quelque chose d’effroyablement inhabituel.

Comme si Vittor venait, pour la première fois de sa vie, de rire normalement.

— On dirait, enchaîna le viduc, que mon destin reste de me faire trouer la tête par les hommes de votre famille.

— Si votre destin vous lasse, vous pouvez toujours vous rendre.

— Allons, Cyril, répondit Vittor avec un sourire presque triste. Nous nous connaissons un peu, maintenant. Je ne suis pas mon frère. Vous savez bien que je vous tuerai, vous et les vôtres, dès que l’occasion se présentera.

— Je ne pense pas. Vous serez plus vite à court de crâne que moi à court d’épée.

— Alors vous n’avez vraiment rien compris à ce qui vient de se passer, répondit Vittor comme s’il énonçait une banalité. Ni à qui je suis. Que Bendetto puisse vous être utile, cela ne m’étonnerait pas – il fut une cause perdue dès son enfance. Vous savez que c’est largement Jana qui l’a élevé, et préservé de notre père ? Tout ce qu’est Bendetto, il ne l’a jamais été qu’à moitié.

— C’est là que vous allez m’expliquer à quel point vous lui êtes supérieur ? cracha Cyril.

Vittor ouvrit les bras en une parodie de salut.

— Moi, je suis l’homme de mon père, de bout en bout. Je porte en moi Slamarc et Tandal, nos origines et notre but. Vous êtes un ennemi formidable, Cyril, et ma plus grande faute. C’est vous que j’aurais dû garder à Slamarc.

Quoi ?

— Mais, continua le viduc, tout ceci s’arrête là. Même si vous êtes plus fort que Jeffrey, vous n’êtes pas de taille contre moi.

Il se remit en garde.

Cette fois, pas de sourire, pas de légèreté féline et joueuse dans le jeu de jambes.

Les deux fers entrèrent en contact.

Et le combat reprit de plus belle.

À la folle arrogance des premières minutes succédait en Vittor une froide détermination de machine à tuer. Aucun des deux combattants ne laissait passer de faiblesse, ni chez leur adversaire ni en eux-mêmes. Aucune partie de leurs armes n’était négligée. On attaquait avec la pointe, avec la lame, avec la garde, avec le pommeau, avec le poing, le coude, les pieds, la tête. On profitait du moindre des débris qui jonchaient le pont, de chaque cordage pouvant gêner l’autre.

Et plus le duel avançait, plus il semblait aux quelques spectateurs que les Bhara ne tenaient pas occupés qu’ils assistaient à la lutte d’un seul homme contre son reflet. Cyril et Vittor marchaient au même rythme, frappaient au même rythme, leurs lames s’abattaient en des angles similaires. Et, égaux absolus, rien ne les départageait plus.

Cyril serrait les dents.

— Pourquoi… Vous bougez comme…

Et Vittor, essoufflé, lui adressa comme un hochement de confirmation.

— Vous commencez à comprendre, fit-il doucement.

— Où est-il ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

— Pourquoi perdre mon temps à vous répondre ? Si vous me tuez, votre prochaine étape vous y mènera sans doute. Et si c’est moi qui vous tue, savoir ne vous sera guère utile.

Il leva son épée au-dessus de sa tête. Bien campé dans sa garde haute, Vittor paraissait plus colossal que jamais.

— Je dois vous remercier, Cyril, poursuivit-il. Vous m’avez… secoué. Forcé à oublier le superflu, à retrouver l’essentiel. Vos amis austrois vont mourir, Tyl sera rasée, et rien ne restera ni des uns ni des autres, mais le viduc Vittor se souviendra longtemps de vous.

Et Vittor s’élança, franchissant la distance qui les séparait en une enjambée foudroyante. Son épée s’abattit, de haut en bas, avec toute l’énorme puissance dont le viduc était capable.

 

Au sein du récit, cette scène s’inscrit dans la montée en puissance générale de l’Acte 4 et préfigure la réponse des personnages aux découvertes et aux catastrophes de ce deuxième tiers. En comparaison, la scène de l’évasion qui précipitait la fin de l’Acte 3 venait davantage clore toute la séquence de Tandal. Elle était encore dans la lignée du premier tome – et pour être franc, j’avais longtemps pensé terminer L’Appel des Illustres sur la fuite de Tandal. Avec cet affrontement, et plus largement, la bataille navale qui lui sert de contexte, l’ambiance de fin du monde qui caractérise résolument le tome 2 termine sa mise en place.

C’est un duel assez classique, somme toute. Cinématographique. Il ne manque que la musique d’Hans Zimmer – c’est probablement pour ça que j’avais besoin de coucher ces images en premiers. Je risquais, en retenant dans ma tête ce genre de passage trop longtemps, que son ton, son rythme, sa musique contamine les deux premiers tiers du récit qui y menait. Or, si le duel contre Vittor est la ligne d’arrivée du personnage de Cyril, il n’est ni la fin du livre ni sa séquence d’action la plus significative. Il fallait donc que je l’écrive en premier, pour la pétrifier une bonne fois pour toutes et pouvoir réfléchir au reste l’esprit libre.

Le style est lyrique, peut-être trop – on écrit toujours ce genre de passage avec le sentiment d’avoir un pied dans le ridicule. Il faut me pardonner : je préparais le terrain de ce combat depuis la première apparition de Vittor à Armacita, au début du premier tome; j’appelais ça « la bataille des cadets ». Le personnage de Vittor est le dernier à m’être apparu quand je construisais l’histoire, mais il s’est immédiatement érigé en miroir de Cyril. Tous deux combattants de génie, mais tous deux éclipsés dans leur enfance par Jeffrey. Cyril avait malgré tout, et sans même s’en rendre compte, construit une force qui lui était propre. Vittor, par contre, avait passé sa vie à essayer de se transformer en un avatar délirant et hypertrophié de celui qui l’avait vaincu enfant. Ce combat contre une version pervertie de celui dans l’ombre de qui il croyait vivre servait ainsi d’épreuve finale à Cyril, dont l’état d’esprit avait déjà évolué au contact de Mical et des Austrois.

Et oui, les descriptions des étapes du duel sont un peu barrées. J’avais l’idée de me servir du combat comme d’une métaphore entre un genre de surhomme hégélien qui court après le temps en se comparant perpétuellement à un autre qu’il désire secrètement devenir, et son double qui finit par sortir de ce cycle d’angoisses et d’échecs en s’éveillant à l’immanence. C’est cette même voie que Mical puis Silva avaient empruntée chacun à sa manière, et que Jiani ou Basil renoncent à prendre.

 

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Lectures

L’Enchanteresse de Florence, de Salman Rushdie

Je l’ai reposé il y a déjà quatre jours, celui-ci. Quatre jour à mariner en me demandant comment approcher cette histoire sans me ridiculiser. Je ne me voyais pas faire une critique à proprement parler, pour deux raisons. La première, c’est que la critique littéraire est un genre en soi qui suppose des qualités d’érudition qui me font cruellement défaut. La deuxième, c’est que Salman Rushdie a beau écrire en anglais, tout occidental trop profane – et j’en suis – rate les deux tiers des références du livre.

Vous êtes prévenus, ceci n’est donc pas une critique.

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L’Enchanteresse de Florence, de Salman Rushdie, sacrément traduit par Gérard Meudal

Enfin, et c’est peut-être le fond de ce qui me gênait pour parler ce livre, la phrase suivante clignotait dans mon cerveau au moment de fermer la dernière page :

Cornegidouille, heureusement que je n’ai pas lu ce livre avant de me mettre sur le Sang des Princes.

Parce que je ne sais pas si j’aurais osé.

Je m’explique.

L’Enchanteresse de Florence est un récit à tiroir, un livre sur une rumeur. C’est l’histoire d’Ackbar, le Grand Moghol, empereur philosophe et rêveur. Et dans son histoire surgit celle de Niccolo Vespucci, vagabond prestidigitateur et baratineur qui vient briller à sa cour, et qui à son tour apporte l’histoire d’une autre : celle de Qara Köz, magicienne aventurière et princesse exilée de la lignée de Tamerlan et de Gengis Kahn.

L’enchanteresse, c’est elle. Mais ce n’est pas l’héroïne. L’héroïne, c’est son histoire, la rumeur toute puissante qui la précède et lui tourne autour, et ensorcelle tous ses auditeurs, même cinquante ans après, même au-delà de la mer et des désert qui séparent Florence de l’Inde. C’est un récit sur la puissance du récit, et la petitesse des hommes en face, quel que soit leur ego, quel que soit la splendeur de leur nom.

Et quels noms, pourtant! Pas choisis au hasard… On peine à se douter qu’un Ackbar, qu’un Macchiavel ou qu’un Medicis se laisseraient saisir par le col et fasciner par le roman de l’Enchanteresse. Mais c’est un piège. Niccolo Macchiavelli n’est pas Machiavel, ce n’est pas l’auteur du Prince qui est là. C’est le citoyen florentin, écrivain blasé, ministre éconduit et dépité par l’ingratitude des florentins. Ce n’est pas Ackbar le rêveur philosophe, qui flotte en permanence au-dessus du monde matériel. Ce n’est qu’un empereur de plus. Tous, florentins ou perses ou moghol, sont dépouillés des qualités d’intelligence et de tempérance que nous sommes amenés par réflexe à leur attribuer. Tous tombent sous le pouvoir de l’histoire de Qara Köz, de ses parfums imaginés, de ses miracles racontés, de sa beauté fantasmée. Tous se perdent dans une fuite hors de leur monde d’honneur et de violence, en pourchassant une idée dont on a du mal à saisir la réalité. Mais qu’on soupçonne quand même.

Car que que reste-t-il de Qara Köz, veuve d’Armoise, d’Ismail Shah de Perse, veuve d’Argalia le Turc, au bout du compte ? Une fois qu’on a remonté le fil des lèvres de chaque narrateur ?

L’image d’une survivante, aux amours libres, à la volonté d’acier de vivre jusqu’à la fin. Le principe actif de tout le roman, la racine du conatus qui conduit toute la lecture du livre et qui enterre toutes les grandes phrases des hommes qui y surnagent et qui, puissants qu’en apparence, ne rêve que d’elle et de sa vie.

On se surprend, à la dernière page, d’en être agréablement peu surpris.

Oui mais quand même.

Des cernes sous les yeux ?

Mal à la gorge ?

L’impression confuse qu’un parasite extraterrestre a aspiré votre fluide vital pour acquérir enfin les forces qui lui manquaient pour accéder à sa forme de combat ultime, lui permettant de menacer le tissu même du continuum espace-temps ?

Vous êtes sûrement, comme moi, en convalescence de Japan Expo.

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C’est très ambigu : on passe trois jours à partager du temps, des mots et des sourires avec des lecteurs, on revoit les copains qui nous présentent leurs nouveaux livres et le cercle de la maison d’édition se ressert autour de l’enfant nouveau.

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On en ferait presque abstraction de la chaleur qui terrasse, du bruit qui emmigraine et du long retour au bercail à bord du RER B. Presque. Avouons-le, de tous les salons geeko-culturels, Japan Expo est celui qui nous prend le plus d’espérance de vie.

 

Et pourtant, on y va. On y va toujours, on y va trop, et on y re-va. Les stands ont beau ne pas changer, les DVD rester au même prix, le Naruto gonflable se rider d’année en année, il y a quelque chose à Japan Expo qui nous y ramène. Cette légère réminiscence du début des années 2000, peut-être, quand les festivals de japanimation tous amateurs se bousculaient à un portillon minuscule. La fidélité à une époque adolescente où on payait son ticket d’entrée au CNIT de la Défense parce que oui, nous étions bien loin de Villepinte à l’époque.

Aujourd’hui, c’est une routine et je suis passé de l’autre côté des stands depuis longtemps maintenant. D’un côté, je mentirais si je prétendais ne pas m’être blasé du décorum de ce festival qui peine à se renouveler.

Et d’un autre côté, il y moi-même à 17 ans, son sac de manga et de DVD au bout des doigts, qui me glisse « Quand même, quoi, t’es auteur en dédicace à Japan Expo ! »

Et c’est vrai, purée.

C’est quand même cool.

PS : et j’étais en bonne compagnie.

 

Du Japon et du carton

Marrant, WordPress. J’ai toujours pensé que je n’y comprendrais jamais rien, que l’ergonomie aléatoire de la plate-forme me rebuterait tout au long de ma vie. Un peu comme la tarte aux courgettes.

Eh bien, c’est après avoir mangé et aimé cette tarte aux courgettes que j’inaugure ce premier site WordPress. Ironie de l’allégorie.

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Cette tarte-là.

Et pour dire quoi ?

Eh bien, pour ne pas faire durer le pensum du premier post au-delà de ce que permet la Convention de Genève, pour dire que la Japan Expo, c’est bientôt.

Et la Japan Expo, j’y vais. Mes livres aussi. Et munis de la nouvelle armure que voilà…

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Un coffret.

UN COFFRET.

POUR MES LIVRES.

J’admets que je sautille un peu de joie. Ce bel emballage, qui sera exclusif aux salons pour le moment, a été savamment illustré par un Emile Denis au top de sa forme. Il faut dire qu’il est fortiche en portrait, ce jeune homme, ayant saisi sur le vif Lydie d’un côté et Jana de l’autre. On y a rajouté le travail de calligraphie de monsieur Davide Knecht, auteur des deux alphabets liarnais et alfin qui ornent chaque face du coffret. Les curieux qui veulent la traduction pourront regarder à l’intérieur (oui, mon éditeur et moi sommes chafouins.)

Je serai donc très officiellement sur le stand de L’Homme Sans Nom à partir du vendredi matin, jusqu’au dimanche soir. Venez nous voir, on ne mord pas, on fait des sourires. Même si vous êtes en Naruto.

PS : par contre, en Boruto, non. Quand même. Il y a des limites.