La religion alfine

Les peuples de langues alfines n’ont jamais démontré de fidélité particulière à un modèle politique. Les républiques alfines ont été nombreuses, les royaumes tout autant – tout au plus peut-on dénoter un mode de vie résolument agraire et citadin. Les alfins colonisent beaucoup, mais aiment rester en place une fois qu’ils sont plantés quelque part.

Leur religion, par contre, est foncièrement attachée à la semelle de leurs souliers.

La Croyance, ou la Foi, est un monothéisme. Il s’articule autour d’une série de vingt versets révélés, selon un dogme inchangé depuis au moins 2500 ans. Vingt enfants les auraient entendu au matin du solstice d’été, chanté par les fleurs d’une prairie. Chaque enfant notait alors le verset qu’il entendait, créant l’alphabet alfin, et se transformait immédiatement en adulte dès la dernière lettre posée. Ainsi grandis par le pouvoir divin, ces dix femmes et ces dix hommes partirent convertir leurs semblables.
Pour les Alfins, le Soleil est l’attribut substantiel de Dieu, à la fois corps et résidence. La divinité, présente en toute chose, se donne ainsi à voir aux yeux des hommes de la manière la plus sublime possible, lumineuse et céleste. Les références au Soleil sont omniprésentes dans les images religieuses comme dans les jurons, ce qui pousse nombre d’esprits fort à qualifier cette religion de “solaire”. Ce qui fatigue les théologiens, qui doivent alors expliquer que ce que le Soleil n’étant qu’un attribut du divin, adorer le Soleil en lui-même relève de l’idolâtrie – comme un chien qui éprouverait de la loyauté pour la main de son maître plus que pour son maître lui-même. Le principe solaire divin, bien au-delà de l’astre, se manifeste dans la croissance de la nature, dans l’apaisement de l’esprit sous sa chaleur. C’est un principe de vie et de retour perpétuel à la vie. La foi des plus pieux alfins s’enracine non dans la satisfaction de servir un maître, mais dans celle d’être du côté de la vie.
Et par conséquent, ces croyants sont redoutablement prosélytes. En creux de cette joie de servir la vie, il y a le sentiment d’un ennemi, d’un Adversaire, du négatif, du principe de mort éternel et de dégénérescence. L’imagerie alfine est garnie de ces démons forcément chtoniens, venus des ténèbres sous la terre, où le feu est mauvais – ou bien d’insondables abysses où l’eau n’est plus qu’une mélasse glacée. Si la religion alfine tolère souvent les superstitions locales, elle réagit impitoyablement contre tout ce qu’elle juge païen ou hérétique. Toute légende ou foi exotique ayant le malheur d’exalter une divinité trop terrienne ou tout culte des ancêtres est impitoyablement écrasé. À cette lumière, beaucoup ont spéculé qu’il ne fallait pas chercher plus loin la raison pour laquelle on ne retrouvait aucune trace d’une culture antérieure aux alfins.

Et cela permet de comprendre pourquoi le culte des Gae apporté par les Gens-des-Montagnes devint pour les alfins l’ennemi dont ils avaient toujours rêvé.

 

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